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18 mai 2026

Professeure de Lettres au lycée Claude de France à Romorantin – Lanthenay, Christèle Proisy est référente Intelligence Artificielle au sein de la Délégation de région académique au numérique éducatif. Elle fait le point sur les usages de l’IA au sein de l’éducation nationale.
Christèle Proisy. Je me suis intéressée à l’intelligence Artificielle très tôt (année scolaire 2023-2024), en m’apercevant que des étudiants de BTS avaient utilisé chatGPT pour réaliser un devoir (raté d’ailleurs, alors qu’habituellement ces étudiants réussissaient plutôt bien). J’ai à partir ce moment suivi des MOOC de manière à me former, lu beaucoup et échangé avec des pairs. J’ai eu également l’opportunité de participer à des conférences à Nantes qui ont contribué à enrichir ma réflexion.
Faut-il craindre l’IA en général et, dans l’enseignement en particulier ?
C. Proisy. « La peur n’évite pas le danger » ! Il est donc préférable de s’emparer de la question de manière à évaluer, le plus justement possible, les opportunités mais également les risques éventuels. Avoir conscience, par exemple, de la protection des données personnelles, du coût énergétique des requêtes, des enjeux sociétaux, des risques de désinformations (deep fakes) mais également du mode de fonctionnement des agents conversationnels (ChatGPT, Gemini, Copilot, Claude, etc.) doit nous permettre de faire un usage éthique et responsable de ces nouveaux outils. Dans le cadre de l’enseignement, nous avons depuis juin 2025 un cadre d’usage à respecter. Pour ma part, ce qui me guide, c’est de faire en sorte que mes élèves, parce qu’ils auront été formés à cet outil, deviennent eux-mêmes des utilisateurs raisonnables et responsables. L’une de mes missions consiste donc à former de futurs citoyens conscients des enjeux et ayant suffisamment développé une pensée critique pour ne pas se laisser abuser par des images ou textes générés par l’IA.
L’IA peut-elle être un outil pédagogique efficace pour la formation des élèves ? Sous quelles conditions ?
C. Proisy. L’IA s’ajoute à la palette d’outils pédagogiques que l’enseignant peut mobiliser dans le cadre d’une séance d’apprentissage. La question essentielle à se poser, pour l’enseignant, reste cependant l’objectif pédagogique visé. Quand l’objectif est clair, la question du comment intervient. À ce moment-là, des outils d’IA (chatbots, exerciseurs adaptatifs créés avec IA, supports diversifiés créés à l’aide de l’IA de manière à tenir compte de profils d’élèves très différents) peuvent être pertinents. Mais, encore une fois, l’IA n’est pas une fin en soi mais une ressource, parmi d’autres, à utiliser en respectant le cadre d’usage, le RGPD. Il s’agit également, pour l’enseignant, d’évaluer a posteriori l’intérêt d’utiliser telle ou telle ressource : y-a-t-il eu effectivement une plus-value ? Par conséquent et pour synthétiser, l’enseignant avant d’avoir recours à l’IA peut s’aider de l’analyse SWOT (Forces, Faiblesses, Opportunités, Menaces).
Quels rapports les enseignants entretiennent – ils avec l’IA ?
C. Proisy. Je ne veux me faire la porte-parole des enseignants mais en tant que formatrice, je constate qu’il y a une demande toujours croissante de formation. Pour ne vous donner que deux chiffres, il y a eu cette année dans notre académie 1400 enseignants formés spécifiquement à l’IA. Si je ne considère que ma discipline, une formation consacrée à l’IA et proposée un mercredi après-midi a réuni une centaine de professeurs de français. Tout cela témoigne d’une volonté de s’emparer du sujet.
L’IA n’est-elle pas une solution de facilité pour les élèves qui peuvent l’utiliser pour rédiger ou faire leurs devoirs ?
C. Proisy. C’est effectivement le risque mais à nous, enseignants, de rappeler à nos élèves les enjeux de l’apprentissage. D’autre part, on observe que certains élèves utilisent des agents conversationnels avec des objectifs tout à fait intéressants : demander à un LLM de poser des questions pour vérifier la compréhension d’un cours peut, en effet, constituer un usage pertinent mais, encore une fois, il est nécessaire que les élèves aient conscience des hallucinations possibles, des biais éventuels, mais aussi du coût énergétique. Pour l’enseignant, il nous faut imaginer des dispositifs d’évaluation variés : évaluer non pas uniquement la production finale mais le cheminement par exemple. Mais, il faut rappeler ici que la question des devoirs à la maison se pose déjà depuis l’émergence d’internet et même, avant internet, le rôle des familles dans la réalisation des devoirs.

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